La maison vide, Laurent Mauvignier : Mon avis
Le pitch ?
Plusieurs générations se sont succédé au sein de cette Maison vide, héritée par le père de Laurent Mauvignier.
« La préposée aux confitures et aux chaussettes à repriser » y a élevé ses trois enfants, parmi lesquels Marie-Ernestine, l’arrière-grand-mère de l’écrivain, mariée de force à Jules alors qu’elle rêvait d’une carrière de pianiste.
Plus tard, sa fille Marguerite y vivra au côté de son époux André, avant de le voir partir pour la guerre.
De toutes ces femmes et de leurs récits, il ne reste presque rien, sinon le piano de Marie-Ernestine, la médaille de la Légion d’honneur de Jules, et quelques photographies découpées. Laurent Mauvignier tente de leur redonner vie.
Les points forts du livre
- une saga sur quatre générations : en l’absence de détails, Laurent Mauvignier se sert de la fiction pour imaginer, compléter et raconter l’histoire familiale. De ses arrière-arrière-grands-parents au suicide de son père un siècle plus tard, le roman retrace le passage de quatre générations au sein de cette maison aujourd’hui vide.
un roman qui prend son temps : comparée à Flaubert, Proust ou Balzac, la plume de Laurent Mauvignier s’étire, se déploie, digresse, dans un style lent et savoureux. Les longues phrases invitent à ralentir. Le texte infuse doucement, tranquillement, pour notre plus grand plaisir. - un hommage aux femmes : sans être éminemment féministe, La maison vide réhabilite les aïeules de l’écrivain. D’abord par le récit du mariage imposé de « la préposée aux confitures et aux chaussettes à repriser » avec Firmin. Puis, par la carrière avortée de Marie-Ernestine – cette partie fut de loin ma préférée. Enfin, avec la rebelle et révoltée Marguerite, grand-mère du narrateur, victime de violences.
- une expérience de lecture : il faut l’avouer, si le Goncourt 2025 fait beaucoup parler de lui, c’est peut-être avant tout pour son épaisseur ! Moins captivée par la seconde moitié du roman, je suis fière d’être venue à bout des 744 pages. Ce livre m’a donné la sensation de lire un classique. Je lui souhaite de le devenir.

Ce que j’ai moins aimé
- un épilogue sans réponse : à plusieurs reprises, l’auteur évoque le suicide de son père dans les années 80, laissant supposer que les raisons de son geste sont liées à l’héritage familial. Malgré un épilogue dense, le livre se referme sans révélation. J’en ai été quelque peu frustrée.
En bref, un GRAND et BEAU roman, à l’écriture exceptionnelle, et qui mérite à mon sens son prix Goncourt.
Mots-clés : héritage, famille, femmes, piano, maison, guerre
Une citation : « C’est parce que je ne sais rien ou presque rien de mon histoire familiale que j’ai besoin d’en écrire une sur mesure, à partir de faits vérifiés, de gens ayant existé, mais dont les histoires sont tellement lacunaires et impossibles à reconstituer qu’il faut leur créer un monde dans lequel, même fictif, dans lequel ils auront chacun une existence. »
Quelques mots sur l’auteur : Laurent Mauvignier est un écrivain français né en 1967. Son premier roman, Loin d’eux, est publié aux éditions de Minuit en 1999. En novembre dernier, l’auteur a remporté le prix Goncourt pour son livre La maison vide.
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