Interview d’Erik L’Homme

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Rencontré à l’occasion de la fête du livre de Saint-Etienne il y a quelques jours, Erik L’Homme s’est confié pour le blog sur ses envies d’écriture et ses différents projets littéraires. Entretien.

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Erik L’Homme, c’est plus de 750 000 exemplaires vendus en littérature jeunesse, des dizaines d’ouvrages, et l’ouverture aux romans adultes depuis peu. Pour sa 34e édition de la fête du livre, la ville de Saint-Etienne avait organisé une jolie rencontre entre l’auteur et une classe de cinquième, dédiée à l’échange et au partage. Les élèves étaient très enthousiastes à l’idée de présenter des saynètes sur le roman Nouvelle-Sparte étudié avec leur professeur depuis la rentrée.

 

 

Après ce moment enrichissant pour tous, j’ai eu la chance d’interviewer Erik L’Homme sur son rapport à l’écriture, et les différences majeures entre la littérature jeunesse et adulte.

 

Moi : Bonjour Erik. Pouvez-vous nous détailler en quelques mots votre parcours ? Comment est arrivée l’écriture dans votre vie ?

Erik : C’est particuliers car je savais que j’allais être écrivain dès la sixième, à la découverte de ma première vraie rédaction, et la découverte de comment raconter une histoire. Si l’école avait pu se résumer aux rédactions, au sport et aux copains, j’y serais allé avec plaisir tous les jours ! Evidemment, ce n’est pas parce qu’on décide de devenir écrivain en sixième qu’on le devient… J’ai suivi un cursus assez normal, j’ai fait la faculté d’Histoire. J’ai aussi beaucoup voyagé, j’ai ressenti le besoin de voir ce monde par mes propres yeux. J’ai pas mal bourlingué. De retour en France, j’ai commencé des études doctorales en Histoire, que je n’ai pas terminé. Car entre temps, mon premier roman a été publié chez Gallimard.

 

Moi : Le livre des étoiles ?

Erik : Voilà. Ça s’est fait autour d’une jolie rencontre. En fait, durant mon voyage, je suis parti à la recherche de l’homme sauvage au nord du Pakistan pendant plus d’un an. Un jour, de retour en France, je découvre dans une librairie, un livre écrit par Jean-Philippe Arrou-Vignod qui s’appelait L’homme du cinquième jour, qui parlait de jeunes chercheurs partis chercher l’homme sauvage. Je trouvais la coïncidence tellement énorme que je lui ai écrit. Il me propose rapidement de le rencontrer à Paris. Je lui confis mon rêve de gamin et il me répond qu’il dirige une collection chez Gallimard Jeunesse et que si un jour j’écris quelque chose pour la jeunesse, il me lira. Je n’avais jamais rêvé d’écrire pour la jeunesse mais je me suis dit, c’est un signe, une occasion à ne pas laisser passer.
Et puis, au même moment, je découvre Harry Potter, je trouve cela fabuleux et je me dis que je vais écrire un roman de sorcier pour les enfants. Je prends tout ce que je n’ai pas aimé chez Harry Potter et je le corrige. Et c’est comme ça qu’est né le premier tome du Livre des étoiles. Il a eu un gros succès rapidement, du coup je me suis senti bien en jeunesse et n’ai pas eu envie d’écrire pour les adultes tout de suite.

 

Moi : Et à chaque fois que vous écrivez pour la jeunesse, vous offrez à vos lecteurs une trilogie. C’est volontaire et réfléchi ?

Erik : J’ai arrêté depuis. J’ai pris deux années sabbatiques. Et je suis revenu avec Nouvelle-Sparte, un premier one shot jeunesse et une volonté d’explorer plus intimement le fond et la forme dans la littérature jeunesse. Et je suis revenu également avec un premier roman adulte, Déchirer les ombres chez Calman Levy.

 

Moi : Qu’est-ce-qui fait qu’à un moment donné vous avez eu envie de basculer vers le roman adulte ? Vous aviez fait le tour côté jeunesse ?

Erik : Oui, le manque d’enjeu, de défi. Je voulais voir si j’étais capable d’écrire et d’intéresser un éditeur adulte. Comme j’aime bien les choses pas faciles, j’ai fait quelque chose de différent. Un roman écrit tout en dialogue, sur le modèle narratif d’une tragédie grecque antique. Je voulais cumuler les difficultés. J’aime bien cette idée que ce sont des pires contraintes qu’émergent les plus grandes libertés.

 

Moi : Quelles sont pour vous les différences majeures de style d’écriture entre le roman jeunesse, et le roman adulte ?

Erik : La forme est aussi importante que le fond chez les adultes. Quitte à rendre l’histoire moins accessible. Je pense la manière dont on dit les choses sont aussi fortes que l’histoire qu’on raconte. Alors que quand on est jeune, enfant, ce qui importe c’est l’intrigue et les personnages. On ne veut pas être dérangé, on ne veut pas être bloqué dans la compréhension, dans le fait d’être emporté. C’est une vision tout à fait personnelle. Beaucoup d’auteurs privilégient l’histoire, d’autres auteurs privilégient le style.

 

Moi : L’objectif est le même quand vous démarrez un roman, qui soit jeunesse ou adulte ? Quel est l’objectif final ?

Erik : Que ce soit le meilleur livre possible et que je ne me moque pas de mon lecteur. Je veux qu’il en est pour le temps qu’il va me consacrer. Quand on écrit pour les enfants, on a une responsabilité. C’est en construction, c’est en devenir. Ça ne veut pas dire qu’on ne va pas le faire s’interroger, douter, on est dans l’accompagnement. Pour les adultes, ma démarche est inverse. Je cherche à les déconstruire. Je veux leur rentrer dedans, les bousculer. Ce sont deux choses opposées.

 

Moi : J’ai lu dans une interviewer que vous écriviez pour “réenchanter le monde”. Est-ce que c’est pour cela que vous vous adressez principalement aux enfants ? Est-ce que vous pensez qu’en étant adulte, ce n’est plus possible ?

Erik : A ma manière, je le fais aussi pour les adultes. Alors bien sûr, pour pouvoir réenchanter le monde avec les adultes, il faut commencer par péter le béton au marteau-piqueur pour faire pousser quelque chose dessus. Chez le jeune lecteur, il n’y a pas encore cette dalle de béton. Il manque parfois un peu de verdure, alors j’essaie d’y semer les graines. Il y a encore une ouverture, une fraîcheur, une capacité d’émerveillement. On oublie qu’on a cela en nous en étant adulte. Tout le monde garde cette capacité, cette envie d’être saisi par l’émerveillement.

 

 

Moi : Pour conclure, est-ce que vous pouvez nous parler de vos projets actuels ? Vous venez de sortir un nouveau roman jeunesse ?

Erik : Oui, un roman junior pour les 10-13 ans, MASCA Manuel de survie en cas d’apocalypse. C’est un roman post-apocalyptique et écologique. Et en adulte, mon roman Un peu de nuit en plein jour est sorti en septembre, pour la rentrée littéraire.

 

 

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