L’autre fille, Annie Ernaux : Mon avis

Ernaux Annie - Éditions : NiL
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Quatrième de couverture :

“Car il a bien fallu que je me débrouille avec cette mystérieuse incohérence : toi la bonne fille, la petite sainte, tu n’as pas été sauvée, moi le démon j’étais vivante. Plus que vivante, miraculée. Il fallait donc que tu meures à six ans pour que je vienne au monde et que je sois sauvée.”

 

 

 

 

 

 

 

Du poids des secrets à la force des mots.

Lorsque j’évoquais iciLa place d’Annie Ernaux il y a quelques semaines, une lectrice du blog me recommandait L’autre fille (éditions NiL, 2011) en complément de ma lecture. Au lendemain de son conseil, je tombais par hasard sur ce titre méconnu dans les allées d’une librairie. Je ne me fis pas prier pour lire le texte le soir-même…

Le point de départ est souvent le même avec l’écrivaine française. Une photo ancienne et les souvenirs affluent. Ici, la photographie évoque une sœur. Née et décédée avant la naissance d’Annie Ernaux. Et dont l’existence a été tue une vie entière. Il aura suffi d’une phrase, prononcée par mégarde et entendue grâce au souffle du vent, pour que l’information circule. Annie Ernaux a dix ans, elle n’évoquera jamais le sujet avec ses parents.

 

 

“C’est une photo de couleur sépia, ovale, collée sur le carton jauni d’un livret, elle montre un bébé juché de trois quarts sur des coussins festonnés, superposés. […] Quand j’étais petite, je croyais – on avait dû me le dire – que c’était moi. Ce n’est pas moi, c’est toi.”

 

En racontant cette sœur disparue, c’est en réalité de sa mère que l’autrice nous parle. Et du secret, si bien gardé. Par le tutoiement, Annie Ernaux interpelle son aînée, s’interrogeant sur les raisons de la dissimulation. Pourquoi ce tabou, durant tant d’années ? Quelle nécessité y a-t-il à écrire aujourd’hui sur cette absence ?

A son habitude, l’écrivaine livre un récit concis (moins de quatre-vingt pages), d’une puissance cruelle et violente. Si l’épaisseur de l’ouvrage importe peu, le choix des mots est capital. Sans fioriture et d’une écriture plate, cette lettre cache une blessure et tient lieu de révélation. Dans son travail de retranscription, Annie Ernaux prend conscience d’une vérité : elle est “née parce que l’autre était décédée“.

Je vois les écrits d’Annie Ernaux comme un édifice, dont chaque nouvelle publication s’apparente à une nouvelle pierre. L’autre fille s’ajoute aux quelques titres lus et partagés ici, éclairant ma compréhension de son œuvre globale. Si je vous invite à privilégier l’ordre chronologique, le désordre est tout aussi pertinent. L’essentiel reste de lire Annie Ernaux.

 

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Aimez-vous les écrits d’Annie Ernaux ?

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Commentaires (1)
Claire Pataki2022-08-09 19:57:03Répondre

Un édifice, oui c'est cela ! Et cette pièce du puzzle "L'autre fille" est très importante, et émouvante... Cet été je me suis replongée aussi dans "L'atelier noir" ou "L'écriture comme un couteau" où elle évoque son travail d'écriture. C'est moins facile à lire, mais passionnant.

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mademoisellelit2022-08-10 09:16:10Répondre

Ça apporte une autre approche j'imagine. Je les note précieusement. Merci Claire.

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