Le Ghetto intérieur – Santiago H. Amigorena

Amigorena Santiago H. - Éditions : P.O.L
9 / 10
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Note : 9/10

 

Quatrième de couverture :

«Vicente Rosenberg est arrivé en Argentine en 1928. Il a rencontré Rosita Szapire cinq ans plus tard. Vicente et Rosita se sont aimés et ils ont eu trois enfants. Mais lorsque Vicente a su que sa mère allait mourir dans le ghetto de Varsovie, il a décidé de se taire. Ce roman raconte l’histoire de ce silence – qui est devenu le mien

 

 

 

 

“Parmi ces passants furtifs, un homme âgé de trente-huit ans, Vicente Rosenberg, protégé par son chapeau, avançait d’un pas posé mais irréfléchi vers la porte du Tortoni, un café à la mode où l’on pouvait, en ce temps-là, croiser aussi bien Jorge Luis Borges et des gloires du Tango que des réfugiés européens comme Ortega y Gasset, Roger Caillois ou Arthur Rubinstein. Vicente était un jeune juif. Ou un jeune Polonais. Ou un jeune Argentin. En fait, le 13 septembre 1940, Vicente Rosenberg ne savait pas encore au juste ce qu’il était.”

 

Mon avis :

C’est dans un article du magazine culturel Transfuge que j’ai découvert la sortie du livre de Santiago H. Amigorena. Puis, l’écrivain est venu parler de Ghetto intérieur sur le plateau de Laurent Ruquier. Pour quelqu’un qui ne lit habituellement jamais la presse écrite, et qui n’allume que rarement la télé, j’y ai vu un signe. Je devais lire le roman de Santiago.

Buenos Aires, 1940. Vicente mène une vie paisible et heureuse avec sa femme, Rosita, et ses deux enfants. Il a repris le commerce de meubles de son beau-père et fait prospérer l’affaire. De temps en temps, il s’évade au café du coin pour parler courses de chevaux avec ses copains. Sa mère, restée vivre en Pologne avec le frère de Vicente, désespère de n’avoir de réponse aux lettres qu’elle lui envoie depuis des années. La guerre est là, le danger approche, la mort rôde à sa porte…

 

 

La musique de Santiago H. Amigorena se glisse à l’oreille dès les premières lignes du livre. Son écriture, magistrale, au rythme unique, nous transporte immédiatement. L’écrivain a un phrasé singulier, usant d’anaphores avec légèreté, mais donnant du poids aux mots. C’est cette plume qui procure ce caractère et cette force au roman. Un récit très court, mais dense et intense.

Vicente le lâche. Vicente le silencieux. Vicente le déserteur. Par peur, ou par culpabilité, l’homme se tait. Sa mère lui raconte la guerre, lui écrit qu’elle va probablement mourir. Vicente choisit le silence. Durant des mois, il sortira pour tuer le temps en jouant, en misant dangereusement son argent. Mais aucun mot ne sort. Vicente est incapable de répondre à sa mère. Il est incapable de parler à sa femme. Il est incapable de s’occuper de ses enfants.

Le Ghetto intérieur, c’est l’Argentine. C’est la Pologne aussi. C’est ce drame qu’a été la seconde Guerre Mondiale. C’est aussi une magnifique histoire d’amour, entre Rosita et son mari. De la tendresse, du temps, de l’affection. Santiago H. Amigorena, parle, pour ce grand-père qui n’a pas pu le faire à l’époque. Il met des mots, sur la souffrance et la culpabilité qu’a dû ressentir Vicente. Bouleversant, brillant et surtout à lire obligatoirement !

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