Sans preuve et sans aveu, Philippe Jaenada : Mon avis

Jaenada Philippe - Éditions : Mialet Barrault
10 / 10
15 janvier 2023
4Commentaires

Quatrième de couverture :

Sur un même dossier où n’apparaissent ni preuve ni aveu, un homme de soixante-six ans, après avoir été acquitté en première instance, vient d’être condamné en appel à quinze ans de prison et, du même coup, rayé du monde des vivants. Que l’on « croie » cet homme innocent ou non n’a aucun intérêt : une justice sérieuse et digne, honnête, n’avait simplement pas le droit de l’empêcher de poursuivre librement sa vie, sans raison valable, en faisant mine de s’appuyer sur un dossier qui ne contient que du vide trouble, des inepties, des tricheries.
À travers cet exemple, dont il décortique avec la minutie qu’on lui connaît chacun des éléments, Philippe Jaenada dresse un vibrant réquisitoire contre les dysfonctionnements inacceptables d’un système policier et judiciaire qui, par manque de moyens et de détermination, se délite sous nos yeux dans l’indifférence générale.

 

 

Cri d’injustice.

Avant de lire Philippe Jaenada, j’entendais parler de son ton. On me le décrivait comme fervent défenseur des parenthèses, auteur de gros pavés et adepte de faits divers. Tout ça ne m’attirait pas vraiment. Et puis, en octobre dernier, l’écrivain vient défendre son nouveau livre, Sans preuve et sans aveu, sur le plateau de La Grande Librairie. Hasard de la vie, je viens de l’acheter pour l’offrir à un copain, lecteur de romans noirs et polars en tout genre. Les mots de Philippe Jaenada agissent comme une gifle ce soir-là. J’ouvre l’ouvrage, comme pour prendre la température. Le lendemain, le texte dévoré, je cours chez mon libraire commander un nouvel exemplaire pour mon ami…

En séance de dédicace pour son titre Au printemps des monstres à l’été 2021, Philippe Jaenada est interpelé par Alain Laprie, l’appelant à l’aide à l’aube de son incarcération. Épuisé par des années de recherche et d’écriture pour le livre qu’il vient défendre, Philippe Jaenada ne veut pas écouter cet homme en détresse, qui se dit innocent et dont l’histoire ressemble probablement à des dizaines d’autres. L’auteur veut faire une pause.

Pourtant, dès son retour chez lui, hanté par les paroles d’Alain Laprie, l’écrivain se documente sur l’affaire. Quelques semaines plus tard, contre toute attente, le manuscrit est là, prêt à être édité, dans le seul but de voir l’enquête revisitée.

 

 

“Il faut que j’écrive vite, on ne m’en voudra pas (non) : la littérature, parfois, tant pis. (…) car pendant que je fais des phrases, un homme fermente dans une cellule, un homme qui ressemble à mon voisin du cinquième, au pharmacien du coin de la rue ou au plombier de ma mère et que je crois aussi innocent que ma mère et son plombier réunis – mais peu importe ce que je crois. Les pages qui suivent ne serviront peu-être à rien, mais je ne m’imagine pas ne pas les écrire, donc, voilà.”

 

Si vous cherchez le style Philippe Jaenada, vous risquez d’être un peu déçu. L’auteur prévient en préambule : aux oubliettes la littérature, les bonnes manières, le livre de 1000 pages. S’il prend la plume, c’est poussé par l’urgence et dicté par son âme de justicier. Cette enquête, il la réécrit dans un souffle, criant de rage et défendant celui qu’il appelle aujourd’hui son ami. Il n’a pas le temps de soigner sa monture et d’y mettre les formes. Selon lui, un innocent est en prison et il veut l’en sortir. Alors les parenthèses sont bien là, oui. Mais pour le pavé, on repassera.

Cette course contre le temps, le lecteur la ressent dans Sans preuve et sans aveu. Grâce au talent de Philippe Jaenada, l’affaire ne se lâche pas. Le livre est addictif et on ne souhaite qu’une chose en le refermant, voir comme son auteur la justice réétudier le cas.

J’ai reçu une claque d’une grosse violence à la lecture de ce texte. Je hais l’injustice, sous toutes ses formes. En cela, l’histoire d’Alain Laprie m’a bouleversée. Sans preuve et sans aveu est de ces livres nécessaires, dont on aimerait que chacun le lise. J’espère avoir convaincu au moins l’un d’entre vous grâce à cette chronique.

 

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Quel autre titre de Philippe Jaenada

me recommandez-vous ?

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Commentaires (2)
CoMC2023-01-15 20:53:07Répondre

J’adore Jaenada , j’ai lu « Sulak » et « la petite femelle » , un vrai coup de cœur pour Sulak. L’histoire d’un braqueur qui n’utilise jamais d’arme… un braqueur au grand cœur, intrépide très attachant, une belle histoire d’amour aussi … j’ai adoré ce livre . Il m’a passionné !

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mademoisellelit2023-01-25 10:43:16Répondre

Ça donne envie !

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Fanny2023-01-15 18:00:05Répondre

J'ai découvert Philippe Jaenada par le biais du podcast : Cerno, l'anti-enquête. Je ne connaissais pas du tout son travail donc par curiosité, j'en ai emprunté un à la médiathèque. J'ai lu La petite femelle puis Au printemps des monstres qui sont en effet 2 pavés. J'ai beaucoup aimé les lire malgré le nombre de pages impressionnants.
J'ai préféré La petite femelle car l'histoire se replace dans la grande Histoire et ça permet de voir la place des femmes dans la société pendant et après la seconde guerre mondiale.

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mademoisellelit2023-01-25 10:42:51Répondre

J'ai justement voulu me le procurer en librairie cette semaine mais ils n'avaient aucun Jaenada en stock ! Je suis déçue. ;)

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